La Comtesse de Bragada et son grimoire

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lundi 21 juin 2010

Éducation non violente, sans punition ni récompense.

Moi qui croyais que cette notion de "sans punition ni récompense" était récente, en fait, j'ai découvert qu'au XIXe siècle, le philosophe Jean-Marie Guyau avait écrit le livre: esquisse d'une morale sans obligation ni sanction. Cela dit, Rabelais au XVIe siècle parlait déjà de l'abbaye de Thélème:

"Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles : mais selon leur vouloir, et franc arbitre.

Se levoient du lict, quand bon leur sembloit : beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient, quand le desir leur venoit. Nul ne les esveilloit, nul ne les parforçoit ny à boyre, ny à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l’avoit estably Gargantua.

En leur reigle n’estoit que ceste clause : FAY CE QUE VOULDRAS!

Par ce, que gens liberes, bien nayz, bien instruictz, conversants en compaignies honnestes ont par nature ung instinct, et aguillon, qui tousjours les poulse à faictz vertueux, et retire de vice : lequel ilz nommoient honneur.

Iceulx, quand par vile subjection, et contraincte sont deprimés, et asserviz, detournent la noble affection, par laquelle à vertu franchement tendoient, à déposer, et enfraindre ce joug de servitude.

Car nous entreprenons tousjours choses défendues : et convoitons ce, qui nous est denié.

Par ceste liberté entrarent en louable emulation de faire tout ce, qu'a ung seul voyoient plaire.

Si quelq’ung, ou quelcune disoit beuvons, tous buvoient. Si disoit, jouons, touts jouoient.

Si disoit, allons à l’esbat es champs, touts y alloient.

S'il c’estoit pour voller, ou chasser, les Dames montées sus belles hacquenées avecq' leurs palefroy gorrier, sus le poing mignonnement engantelé portoient chascune ou ung esparvier, ou ung laneret, ou ung esmerillon : les hommes portoient les aultres oyseaulx."

GARGANTUA, Chap. LVII, 1534

Tout un programme.

vendredi 29 mai 2009

Juliette et Rosalie

ROSALIE

Moi, je goûterais bien ; je sens un gros vide dans mon estomac. Rêver, fabuler, imaginer, c'est plaisant, j'en conviens. Mais ce n'est pas réel. Bon, on oublie. Ma faim, elle, est vraie et tout de suite.

Toute mes papilles frémissent sous la douceur de ce bol de lait ; et le beurre de cette tartine me transcende. Un plaisir simple, quotidien, que peut-être l'on ne peut apprécier qu'avec son instinct animal, que si l'on est… un chat ! Les Humains se compliquent bien leurs journées. On dirait qu'ils partent chercher le bonheur là où il ne sera jamais, demain. Mais demain est un autre jour et si aujourd'hui ils n'ont rien aimé de leur vie, pas même la joie de se lever, je crains qu'il en soit ainsi pour eux jusqu'à la fin des temps. A croire qu'ils aiment souffrir et pleurer.

Voilà que je philosophie!

Allons, allons, à chacun sa place: moi je ronronne dans le creux de l'oreille au beau milieu de la nuit, je saute sur les genoux au moment le moins opportun pour que l'on me caresse, je m'affale sur les papiers importants car je déteste que l'on m'ignore, je me roule dans les couvertures toutes bien mises des lits fait au carré et je plante mes griffes dans les tissus fragiles parce que je trouve amusant de tirer les fils. Après, ils bougent avec l'air et cela m'excite encore plus. Mais là, je me fais gronder par Juliette. Penaude, je me cache sous un meuble jusqu'à ce que Juliette quitte la pièce et alors... je recommence!

À SUIVRE...

jeudi 7 mai 2009

Cuisine

Depuis des mois vous attendez votre cuisine. Vous l'avez dessinée, rêvée. Enfin le jour "J" arrive.

Tout d'abord débarque un grand maigre dans sa camionnette, la clope au bec. Il vous serre la main que vous prenez du bout des doigts car il a déjà dû fumer tout le paquet à à peine 7h30 du matin et l'odeur est plus qu'imposante. Puis il vous affirme qu'il est le meilleur poseur de la boite et que vous avez fait le bon choix. A-t-il vu votre inquiétude dans nos yeux après avoir regardé le fatras innommable qui règne dans sa voiture? Bon, ne jugeons pas sur la mine mais sur le résultat.

Pendant ce temps un gros camion tout ronflant attend devant votre portail. C'est là? C'est pas là? Oui, c'est bien ici! Alors fièrement il s'enfile dans votre allée comme sur un circuit de formule 1 et achève sa course sur votre pelouse en y laissant des ornières indélébiles! Il n'était pas nécessaire d'aller si loin!

Bon, l'important est que la cuisine soit arrivée, après une année d'attente. Un an pour enfin avoir une cuisine, c'est très long et vous êtes près à beaucoup de concessions lorsqu'elle arrive.

Écrasant quelques plantations pas encore complètement sorties de terre, le poseur et le livreur déchargent le camion.

Voilà tout est là. Le camion s'en retourne. Le poseur peut commencer à œuvrer.

Mais si tôt le matin et après tout ce travail de déchargement, Jean-Louis a besoin d'une petite cibiche, histoire de commencer dans les meilleures conditions, l'oreille collée à son portable. Pour l'accompagner, il fait descendre de sa camionnette un bouledogue français noir et blanc répondant au doux nom de Prosper. Ce dernier entame le tour du propriétaire. L'air bravou, il mène sa vie dehors et dedans, reléguant à l'étage les trois chats de la maison, terrorisés par cet hôte reniflant et soufflant et qui vient de dénicher leurs croquettes pour y fourrer son gros museau baveux.

Voilà, toutes les conditions requises pour bien travailler sont réunies. Le poseur commence.

De loin, vous entendez les meubles qui rayent sûrement le carrelage mais vous vous dites que vous verrez plus tard. Concessions. Concessions!

Après une demie journée, la plupart des meubles sont en place. La cuisine a déjà fort jolie allure. Restent de bien accrocher les meubles entre eux, de mettre la faïence sur le plan de travail, les plinthes et de régler toutes les portes et les tiroirs. Du détail en somme.

Bon, Prosper vadrouille toujours un peu partout et bien qu'il fasse froid, vous lui laissez les portes ouvertes sinon il en gratte le bas et sculpte le bois du bout de ses griffes!. Patiente, ce n'est que pour quatre jours.

Afin de donner l'impression de gérer un peu Prosper, son maître lui installe sa vieille couverture poussiéreuse... en plein milieu de la salle-à-manger. Désormais il vous faut enjamber le brave toutou pour aller déjeuner.

Quatre jours seulement! Concession quand tu nous tiens!

Après la première journée, une fois le couple parti, (mais pas la couverture), vous remarquez que rien n'est vraiment droit. Mais comme dit le poseur si élégamment, une cuisine c'est comme une femme qui se maquille, on ne voit le résultat qu'à la fin! Alors vous attendez!

Le deuxième jour, Jean-Louis débarque « la tête dans le c... » comme il explique si délicieusement. Et quand vous voyez son air, vous n'en doutez pas un seul instant!

Aïe! une journée qui s'annonce difficile mais sans savoir vraiment pour qui.

Aujourd'hui J-L s'attaque au plan de travail. La pose de la faïence. Bon, pas trop mal si vous exceptez le fait qu'il y a du joint un peu partout, pas toujours parfaitement droit mais au regard de la tête dans le c..., il vaut mieux ne pas se plaindre.

Prosper, pareil à lui-même se goinfre de croquettes et digère sur sa couverture au milieu de la salle-à-manger.

Mais c'est déjà l'heure d'achever la journée! Ouf! À demain!

Troisième jour.

Aujourd'hui la tête va beaucoup mieux, Madame a dû vouloir!

Alors, plein de bonne volonté, J-L s'attaque à brancher le lave-vaisselle et la plaque à gaz.

Pour qualifier ce à quoi ressemble la cuisine, vous hésitez entre le déluge et l'apocalypse. Trois centimètres d'eau partout, les outils et les appareils baignant en vrac et un poseur macérant au beau milieu, la visseuse en main, tentant de visser une vis (quoi de plus normal?)... dans une porte en équilibre sur le vrac!

Forcément, ça ripe et ça se tord. Il vaut mieux fermer les yeux... NON! PAS LE POSEUR!... Quoique! Ferait-il mieux ou moins bien les yeux bandés?

Et Prosper, (privé des croquettes qui ont pris de l'altitude), vient rajouter sa sauce, tout content de se mouiller pour s'ébrouer ensuite.

Plus qu'une journée!!!

La fin du calvaire arrive, dernier jour.

Aujourd'hui est dédié aux petits réglages de finesse, aux détails et autres broutilles de finition. Rien de bien difficile. Enfin cela dépend pour qui! J-L fait parti de ceux pour qui c'est difficile!

Il est vrai que le téléphone portable dans une main et la cigarette dans l'autre rend périlleuse toute action.

Confiance, par chance vous avez hérité quand même du meilleur poseur de la boite!

Voilà, c'est fini. Un petit tour rapide pour constater que les portes des meubles sont de travers, les plinthes coupées trop courtes et trop étroites, la plaque à gaz de travers, que les vis ont traversé les meubles et que le plan de travail accuse une déclivité visible à l'œil nu?

Au vu du désastre, affolée,vous courrez vérifier votre maquillage dans le premier miroir. Ouf! Rien à voir avec la pose de votre cuisine. Lui ne coule pas, n'est pas fait en dépit du bon sens et rajoute à votre beauté naturelle. La pose d'une cuisine n'a finalement rien à voir avec une femme qui se maquille. Aucune commune mesure dans le résultat.

samedi 2 mai 2009

Et si on faisait des meubles en carton?

Réalisé par Jersande (9 ans et demi)

Réalisé par Jiliann (12 ans)

Découverte d'aujourd'hui

http://mireil.artblog.fr/

À visiter, plein de charme et de couleurs.

mardi 21 avril 2009

Cheminement

Par un beau jour ou par une belle nuit, à l'endroit ou à l'envers, un coup d'épaule par-ci, un coup de tête par-là nous écartons les feuilles de chou ou les pétales de rose, suivant une sempiternelle procédure vieille comme le monde et nous poussons notre tout premier cri lors de notre tout premier examen de passage. Voilà! Nous sommes nés. Une bonne chose de faite.

Quoique!

À peine sorti des langes et du sein de notre mère, nous nous emparons des valises familiales dans lesquelles s'enchevêtre une kyrielle d'habits ancestraux, souvent trop petits ou trop grands et généralement démodés. Malgré tout, nous nous en vêtissons, c'est notre héritage. Puis nous traçons la route.

Une route au mille reflets merveilleux, que nous voyons biscornue et parfois même accidentée, coincés que nous sommes aux entournures dans nos habits poussiéreux.

Maintenant sortons les mouchoirs, c'est le moment de pleurer, d'en vouloir à la vie que nous disons si difficile, aux autres qui ne nous comprennent pas et à « la faute à pas de chance » qui nous fait déraper.

Serait-ce le moment de se demander si l'on a fait le bon choix: victime ou responsable?

jeudi 22 janvier 2009

Le blues, il vient de là

En peu de mois, plusieurs de mes amis ont quitté notre monde. Cela en devient presque étourdissant. Alors, des questions m'arrivent par millier avec des réponses pas toujours satisfaisantes. Juste une sorte de baume pour mettre sur les émotions et continuer tant bien que mal.

Je me suis donc pensé : comment pouvons-nous nous faire autant de mal (sans toujours s'en rendre compte) les uns les autres (dans nos discours, nos façons d'être, nos actions) alors qu'au moment de notre départ, nous oublions tous nos différents, nos défauts, pour nous plonger dans les larmes et bien souvent les remords? Pourquoi les morts deviennent-ils soudainement des sains? (à quelques exceptions prêt mais ceux-là c'est qu'ils ont vraiment franchi les limites de l'humain). À cause de nos remords, peut-être?

Serait-il intéressant de travailler cela de notre vivant? D'apprendre à nous aimer tous et à travailler ensemble plutôt que de nous diviser, nous heurter ou nous faire des cachotteries pour des raisons politiques, financières, matérielles?

En fin de compte, on n'a jamais vu un corbillard avec un coffre-fort dessus, ni une maladie guérie miraculeusement par une volonté politique. La mort touche tout le monde, alors je me demande si l'on n'aurait pas perdu de vue l'essentiel : la VIE.

vendredi 12 septembre 2008

Les sous entendus, quelle plaie!

Souvent, quand nous faisons une action, nous attendons un retour; "Je t'offre un cadeau" sous entendu, "j'achète ta reconnaissance".

Quelle plaie que ces comportements! Et quelle culpabilisation. Pourquoi faudrait-il que l'on se culpabilise d'être différent des autres, ou de vivre tout simplement.

Tout le monde ne considère pas les choses de la même façon. Et c'est tant mieux car c'est ce qui nous apprend la tolérance.

Si les gens veulent fonctionner en victime, libres à eux, mais qu'ils ne viennent pas faire des leçons de moral aux autres, parce que, à bien y regarder, ils sont loin d'être parfaits les donneurs de leçons, car, s'ils étaient parfaits, ils prendraient les gens comme ils sont, sans les juger.

Faire une action, juste parce qu'elle est en harmonie avec notre philosophie, celle de vivre l'instant présent. "J'ai eu du bonheur à offrir un cadeau. Maintenant je passe à autre chose." C'est cela la vraie vie.

Ainsi on s'évite bien des attentes inutiles, des déboires relationnels, des nuits d'insomnies, des pensées dévalorisatrices "est-ce que ce cadeau n'était pas assez beau?".

Et si notre action engendre un retour agréable, ce sera la cerise sur le gâteau.

ALors : STOP aux sous-entendus!

Bonne journée.

vendredi 25 juillet 2008

Retrouvailles

Mis à part le fait que je cherche le clignotant sur mon vélo pour tourner, ce qui tend à prouver l'habitude que j'en ai, me voici devant des cousins, cousines, amis perdus de vue depuis des années. C'est troublant. Je ne parviens pas à mettre la nouvelle image sur l'ancienne. Il manque beaucoup d'années. Au moins trente ans. Bien sûr, au début, il est facile de parler, de se raconter durant tout ce temps, loin les uns des autres. Puis, des affinités vont se faire, se refaire, se défaire... ou pas.

Certains, certaines, je les ai eu au téléphone d'abord, avec l'image que j'avais d'eux, enfants, un peu comme si le temps s'était arrêté. Quelle surprise lorsqu'il a fallu mettre la nouvelle image sur la voix qui avait déjà sa représentation d'autrefois.

Une expérience à suivre...

mardi 22 janvier 2008

Simple bonheur

Du bout des doigts je parle avec le monde.

Quand à Tokyo c'est déjà le matin, je suis en plein dans les bras de Morphée. Je me réveille et c'est l'heure du goûter là-bas. Je cours après le temps, je pense sans cesse en décalage. J'ai l'impression de vivre deux vies à la fois et cela m'amuse.

J'ai une amie là-bas très loin, tout au fond du Japon. Alors je cours parce qu'il est l'heure qu'elle se couche et que je veux lui parler avant. En même temps, je tartine le pain de confiture ou de chocolat pour mes enfants qui vont bientôt rentrer de l'école. Puis, mes premiers bâillements signent le début de la journée à Shibuya.

Je la retrouverai demain dans mon bol de lait chaud, par une matinée brumeuse, en plein milieu de son après-midi froide et pluvieuse, quelque part à 8 heures d'ici.

D'avoir eu le Japon sur mon clavier au petit déjeuner me réjouis pour toute la journée.

lundi 21 janvier 2008

Promenade

Hier se promenait un petit garçon pas plus haut que trois pommes à genou, avec un énorme chien en laisse aussi haut que lui. L'air placide certes! Mais s'il lui prenait l'intention de poursuivre un oiseau, l'enfant ne pèserait pas plus lourd qu'une feuille dans la tourmente.

Tranquillement installée au soleil, je gardais un œil distrait sur ce curieux équipage en attendant le passage des parents, manière de m'occuper.

Le duo avançait au milieu de la route et prenait même de l'avance sans qu'il y ait la moindre ombre d'adultes à l'horizon. Je commençais à trouver cela étrange. Était-ce une lubie d'enfant qui quittait la maison en boudant? Ou bien avait-il décidé d'aller chez un copain ou d'acheter des bonbons au village?

Toujours est-il que je ne le lâchais plus des yeux. Je suis plutôt du genre à détester laisser mes enfants déjà un peu grands, seuls, même le temps de faire une petite course au bout de la rue. En général, s'il me faut le faire, je les mets exceptionnellement devant la télévision avec interdiction de monter à l'étage, des fois qu'ils tomberaient dans les escaliers, de se servir de ciseaux ou autres objets contondants, de manger (si jamais ils venaient à avaler de travers!) et je ferme toutes les portes à clefs en leur laissant toutefois une clef pour si jamais le feu se déclarait à l'intérieur et qu'il leur faille sortir d'urgence! Bon, d'accord c'est peut-être un peu trop mais j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux à ces mômes.

Alors donc en voyant ce bout d'homme se promener tout seul j'ai du mal à imaginer que ses parents le savent. Je lui demande donc ce qu'il fait.

"Je me promène" me répond-t-il presque agacé par ma question. (Je peux le comprendre, je suis une intruse dans son monde d'évasion).

"Où sont tes parents?"

"À la maison!"

"Et c'est loin où tu habites?"

"Là-bas" fait-il d'un geste large évasif et imprécis, indiquant tout à la fois le nord et le sud.

"Tu continues encore longtemps ta promenade?"

"Bon, je vais faire demi tour!"


*****

Aujourd'hui encore je ne sais si les parents étaient au courant ni même s'ils s'en sont aperçus. Je n'ose imaginer qu'ils le savaient!

vendredi 5 octobre 2007

Illustrations de Stuki San

mercredi 29 août 2007

Audinette dessine sur les murs avec ses doigts

jeudi 2 août 2007

Une journée à la plage

Le ciel s'éclaircit, de plus en plus, un rayon de soleil perce, c'est bon! Préparez palmes et tubas, bateau gonflable, pelles et seaux, nous partons à la mer! Dans la voiture s'entasse pèle-mêle serviettes, parasols, crèmes protectrices et passagers. Pas le temps de petit déjeuner, nous achèterons des croissants sur la route. Et roulez jeunesse!

Durant les deux heures que dure le trajet, ça chante, ça se chamaille, ça dort et enfin, au détour d'un virage, MER! MER!

Dépêchons-nous de nous installer avant le débarquement de la foule. Une serviette par-ci, un parasol par-là, voilà, le camp est monté. Au tour du bateau à être gonflé... qui a vu le gonfleur? Dans son sac à elle? Non, dans le sien? Pas plus. Mais enfin, il doit bien être quelque part ce gonfleur tout de même!

Récapitulons, tu es allé le chercher dans le garage et qu'est-ce que tu en as fait après? Tu me l'as donné? Ah bon?... Oui... peut-être... et je l'ai posé où ce fichu gonfleur?... Réfléchissons... Je me revois le poser... sur le toit de la voiture! Bon autant dire que le gonfleur vit sa vie quelque part entre la maison et la plage.

OK, je m'y colle pour gonfler le bateau à la bouche. Sous le soleil qui commence à cogner , j'ai la tête qui tourne à force de souffler dans ce machin en plastique dont le goût est vraiment beurk! Je vais faire le tour de la plage, bien malchanceux si personne n'a un gonfleur a me prêter...

Bon, ce n'est pas la peine de jouer au loto aujourd'hui vu la chance que j'ai: sur les 3000 pelerins mollement allongés sur le sable, pas un seul n'a un gonfleur! Bon, le bateau, il va revenir dans son carton et la prochaine fois, ceux qui ont l'intention de s'en servir feront attention au gonfleur... et non, je ne m'en sers que pour vous accompagner, par mesure de sécurité pas par plaisir!

Le problème du bateau étant réglé, rien de tel qu'un bon livre sous les rayons de Râ...

Tiens, d'où vient-il ce nuage qui refroidit d'un seul coup toute la plage? Il est gros en plus! J'enfile une petite laine le temps de son passage. Et maintenant, un petit vent de mer qui se lève. Il n'est pas bien chaud ce petit vent qui passe sur les ondes encore fraîches du fait du temps détraqué. Mais il va falloir faire avec parce que deux heures de route, on ne les fait pas pour cinq minutes!

Tout le monde cherche un moyen de tenir sur la plage: s'agiter en jouant ou mettre un gilet en attendant que le soleil revienne. AH non! arrêtez de courir ça fait voler du sable et maintenant j'en ai plein les yeux et entre les pages de mon livre!

En début d'après-midi un rayon de soleil illumine la plage, d'un seul geste et dans un ensemble parfait, tout le monde dégaine sa crème solaire et se tartine. Des odeurs agréables de monoï se mélangent avec des parfums âcres de crèmes croupies et largement dépassées. Puis une ruée vers l'eau s'organise et voilà le sable déserté.

L'eau semble froide mais je me décide quand même à rejoindre le troupeau tout crémé. Le premier orteil dans les ondes me donne la température des flots: c'est à friser l'amputation et un frisson glacé me parcourt des pieds à la tête mais étant à la mer, je dois me baigner. J'avance d'un centimètre par minute, c'est dur! Pendant ce temps mais je ne le verrai que bien après, insidieusement, le soleil se reflète dans l'eau et donne à ma cuisse droite non crémée (vraiment, quelle idée de huiler ces parties!) une orientation homard très tendance quand on prend le soleil pour la première fois de l'année.

Au bout d'une demie heure, j'ai de l'eau jusqu'au ventre. Là il va falloir faire quelque chose. Je compte: un... deux... trois! D'un coup je m'immerge, plouf une fois, plouf deux fois, plouf trois fois, plouf quatre fois jusqu'au cou (le dernier c'était pour ma copine qui n'avait pu venir avec nous). Impossible de nager, j'ai les dents qui claquent, les poils au garde à vous, non, finalement je sors.

Oh non, le soleil disparaît à nouveau et je grelotte, je n'ai pas eu le temps de me réchauffer et les serviettes sont trempées! Une seule solution, se rhabiller mais il faut d'abord me changer. Plongeant dans les sacs les uns après les autres, une évidence se fait jour: le rechange joue l'arlésienne et doit trôner magistralement sur la table du salon à la maison!

Trois serviettes mouillées valent peut-être mieux qu'une, j'essaye mais ce n'est pas gagné car elles sont pleines de sable qui râpe. Bon, faisons contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai froid, tant pis pour le sable.

Ne pouvant reprendre la lecture du fait de mes tremblements, je regarde un monsieur qui joue avec son chien: il lui envoie un bâton dans l'eau et le chien tout content va le rechercher. Spectacle amusant un moment mais au bout de la dixième fois, je passe à autre chose et ainsi je ne vois pas le brave toutou s'approcher de moi et, plein d'eau, se secouer pour s'essorer! Maintenant, sur la plage, il y a un chien sec et un moi tout mouillé!

Et voilà qu'un adolescent pubertaire en pleine mue vocale me hurlent dans les oreilles et cela résonne tel le cri d'une mouette en pleine pêche.

Au loin sur l'horizon proche, les mixeurs de la mer (certains appellent pompeusement cela des jets-skis) envahissent la plage du bruit de leur moteur et de relents mazoutés.

Plus près, deux fillettes décident de prendre le large dans leur petit bateau. (Non, j'ai déjà demandé s'ils avaient un gonfleur mais comme ils sont sur place pour la semaine, ils ne l'emmènent pas avec eux). Donc les fillettes partent témérairement à force de coups de pagaies et de grands adieux pour une grande aventure qui déjà s'achève par l'accostage d'une dame, emberlificotant les rames dans les bretelles de son maillot arlequin.

Avec tout cela j'ai toujours froid.

Bon, la mer, ça suffit pour aujourd'hui, on rentre, gelés, du sable plein les orteils, des puanteurs de mazout plein les narines, des cris plein les oreilles, du sel plein la peau et des coups de soleil presque partout sans vraiment avoir eu chaud!

Bon, demain, on reste à la maison et on se regarde un film, ça c'est vraiment les vacances!

lundi 16 juillet 2007

UNE HEURE PLUS TÔT

Le grand Haroun Tazieff disait: « la mort rentre par les habitudes ». Me remémorant cette phrase, ce matin, je me suis levée une heure plus tôt pour faire entrer la vie puisque j'ai bouleversé une habitude. Et comme je crois que nous sommes ce que nous pensons, j'ai espoir de m'être accordé un peu plus de futur et pourquoi pas l'éternité!

Toujours est-il qu'une heure de plus dans l'emploi du temps, et bien, c'est un véritable chamboulement.

j'ai aperçu bordant l'abîme de la nuit, très furtivement au détour d'un nuage tout rond, l'éteigneur d'étoiles avant qu'il n'endosse son costume d'allumeur de soleil longeant à la manière d'un funambule, les crêtes aiguisées du matin.

J'ai participé au grand rassemblement journalier des insectes assise en tailleur sur une fleur en porcelaine, rassemblement où ils accordent leurs stridulations pour chanter à l'unisson, improvisant ainsi une fanfare farfelue annotée sur un « la » venu des cieux.

J'ai assisté également à un spectacle de pirouettes d'ombres et de chats tagués, rafistolant tant bien que mal le voile de nuit qui se déchirait inéluctablement.

Et j'ai vu de mes yeux vu, les Anges et Séraphins corriger à la main nos copies raturées d'Êtres humains brouillons.

Il y avait une telle magie dans cette heure plus tôt saupoudrée de poussière d'innocence et aromatisé au sirop d'âge tendre que je ne savais où donner de la tête. J'ai consigné alors dans mon petit calepin d'une plume de tourterelle trempée dans une perle de rosée: me lever une heure plus tôt quelques matins pour découvrir et réaliser le monde merveilleux dont je rêve.