La Comtesse de Bragada et son grimoire

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mardi 21 avril 2009

Cheminement

Par un beau jour ou par une belle nuit, à l'endroit ou à l'envers, un coup d'épaule par-ci, un coup de tête par-là nous écartons les feuilles de chou ou les pétales de rose, suivant une sempiternelle procédure vieille comme le monde et nous poussons notre tout premier cri lors de notre tout premier examen de passage. Voilà! Nous sommes nés. Une bonne chose de faite.

Quoique!

À peine sorti des langes et du sein de notre mère, nous nous emparons des valises familiales dans lesquelles s'enchevêtre une kyrielle d'habits ancestraux, souvent trop petits ou trop grands et généralement démodés. Malgré tout, nous nous en vêtissons, c'est notre héritage. Puis nous traçons la route.

Une route au mille reflets merveilleux, que nous voyons biscornue et parfois même accidentée, coincés que nous sommes aux entournures dans nos habits poussiéreux.

Maintenant sortons les mouchoirs, c'est le moment de pleurer, d'en vouloir à la vie que nous disons si difficile, aux autres qui ne nous comprennent pas et à « la faute à pas de chance » qui nous fait déraper.

Serait-ce le moment de se demander si l'on a fait le bon choix: victime ou responsable?

mardi 7 avril 2009

Personnages en attente d'intrigue (extrait)

Il faisait encore nuit noire lorsque Porcelaine coupa la sonnerie du réveil d'une main molle et alluma la lampe de chevet. Elle frotta ses paupières encore lourdes de sommeil du bout de ses dix doigts puis remonta la couverture jusqu'aux épaules. Ce fut ce moment exact que Zouzou, sa chatte de gouttière aux longs poils, choisit pour sauter sur le lit. Elle s'installa contre le cou de Porcelaine et ronronna dans le creux de son oreille.

Durant ce temps, selon un rituel matutinal, Porcelaine compta les défauts et autres aspérités du plafond. Une tâche en forme de grue à longues ailes volait vers une autre qui imitait un gros citron roulant. Plus loin, une minuscule stalactite de peinture séchée et salie par les années, avait accroché le fil d'une toile d'araignée en pleine dérive. L'observation du plafond offrait à chaque nouvelle investigation tout un monde chimérique dans lequel Porcelaine achevait de se réveiller.

Ensuite, elle s'étira à la manière de sa chatte, le dos arqué. Elle se gratta la tête de ses ongles polis et glissa un pied hors de la couette. S'asseyant sur le bord de son lit, elle bailla, les bras en croix.

Ce fut à cette seconde très précise, la bouche grande ouverte, les muscles tendus, que l'idée de devenir actrice s'imposa.

Impérieuse.

Incontournable.

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