FIDELINE : 100 ANS
28 juin 2000.
Un léger rayon de soleil entrecoupé de nuages entre dans ma chambre, filtré par les lourdes tentures de velours grenat tirées sur les deux fenêtres à petits carreaux. La pénombre tapisse les murs de gris bleuté et ajoute une note de mystère à l’atmosphère silencieuse de cette pièce si grande et si haute. J’entends le vieux carillon Westminster du salon doré égrener huit coups. Je m’étire.
Tototte et Tina étalées de tout leur long sur mon lit à baldaquin, ouvrent un œil, baillent, interrompant un cour instant leur ronronnement. Zoé la plus vieille des trois chattes, assise comme une grosse potiche couleur caramel aux pieds de mes pantoufles, attend que je me lève pour lui donner un bol de lait.
Pourtant, aujourd’hui, j’ai bien envie de fainéanter parce que c’est mon anniversaire: j’ai 100 ans. C’est étrange de dire cela : j’ai 100 ans, j’ai un siècle. Lorsque l’on est adolescent, on attend avec impatience ses 20 ans comme un cap qui doit ouvrir les portes de la Liberté, du savoir, de l’indépendance alors que ce n’est qu’un jour de plus d’apprentissage de la vie. (Il faut que je recherche si le mot « apprentissage » veut dire « apprenti - sage ».)
Mais on n’attend pas 100 ans. D’autant que l’on s’imagine les centenaires gâteux et impotents.
Tout de même, 100 ans.
346 cahiers de journal intime ;
36525 jours…
Pas plus ?… j’ai dû me tromper dans ma multiplication : 365 par 100, cela fait 36500, plus 25 pour les années bissextiles : 36525 jours.
Tiens, je m’attendais à des millions de jours… Finalement, vu sous cet angle, 100 ans, ce n’est pas énorme, c’est moins impressionnant, plus à l’échelle humaine. Je me sens rajeunie tout à coup.
L’arrivée de Rosa, ma filleule, une jeune Kenyane, me tire de mes réflexions.
Bonjour Marraine, je voulais t’embrasser avant d’aller à mon cour de langue française.
Tu es bientôt en vacances ?
Oui, ce soir. Je rentrerai tôt. Et toi que vas-tu faire ?
Je vais me faire peigner chez Mamadou ; c’est un bon coiffeur. J’ai décidé de changer de « look » comme tu dis ; J’en ai toujours envie dans les grandes occasions. Rosa, je voulais aussi te dire que c’est vraiment bon que tu sois là.
Bon, je me dépêche. Avant toute chose, je fais un nœud à mon mouchoir pour me souvenir de la petite réception chez Monsieur le Maire à 18h00 très précises, pour célébrer la plus vieille dame de la ville, c’est-à-dire moi.
A SUIVRE...