La Comtesse de Bragada et son grimoire

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lundi 1 février 2010

Hourte (suite 7)

Avec les températures négatives, le chargeur de batterie refuse de fonctionner. Et si on faisait comme lui? Alors, nous avons décidé de travailler uniquement l'après-midi, les matins sont décidément beaucoup trop frisquets.

Nous en sommes maintenant à placer les tasseaux sur lesquels viendront se clouer les bardeaux en bois de châtaigner.

C'est long mais ça avance.

Bientôt nous allons pouvoir poser les bardeaux puis le petit pigeonnier et ma hourte aura son aspect définitif.

dimanche 3 janvier 2010

Hourte (suite 6)

Ce matin, un orage a accompagné notre construction! Tout d'un coup, un bruit de fin du monde s'est fait entendre, nous avons cru qu'une tornade arrivait. C'était de la grêle.

Ça tombait dru!

Mais en dépit de tout cela, nous avons terminé la première toiture.

Et nous sommes allés célébrer l'arrivée de la nouvelle année, après avoir arnaché solidement la bâche car un violent vent été annoncé et nous ne voulions pas recommencer les exploits du réveillon de Noël, à faire les ouistitis au milieu de la nuit.

Puis la neige est revenue.

Alors on a empilé les couches commes les oignons et on s'est attelé au travail pour mettre le pare pluie

et poser les tasseaux sur lesquels reposera le bardage.

La neige qui fond nous coule souvent dans le cou. Brrrrr, c'est froid! Mais Daniel réchauffe l'atmosphère en fredonnant des chansons "collector" venues du fond des âges, que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître!

Voilà, tous les tasseaux sont posés et l'encadrement de la fenêtre est réalisé.

Nous pouvons commencer à souffler la ouate de cellulose.

Pour l'occasion, on a joué le" retour du beau gosse"

La machine est mise en place

Et le souffleur est soufflé! Souffler n'est pas joué!

À suivre...

samedi 26 décembre 2009

Hourte (suite 5)

Qu'est-ce qu'une hourte?

C'est un hybride entre une yourte pour la rotondité et une hutte pour le matériau bois. Connaissant un ami qui en construit en matériaux sains et avec une philosophie respectueuse de l'environnement, j'ai décidé d'en monter une. Et comme j'ai envie de partager cette naissance sur mon grimoire, il y aura des photos, des anecdotes, la construction quoi!

Bon, voilà que la neige s'y met! Dans quelles conditions il faut travailler!

Le travail ingrat se fait au froid, le travail qui ne se voit que s'il est de manque:

Daniel est allé chercher l'isolant.

Et les copains reviennent nous donner un coup de main. Visiblement ils en re-demandent!

Jacques joue au bonhomme de neige version gypse.

Jean prit la ponceuse d'accepter de fonctionner.

Pose de la lice haute du dessous du haut

et du dessus du haut

Quand on parle de chantier, le mot est faible...

Mais l'important c'est d'avancer. Préparation de la mise en place du tonoo.

prétrouage

Élaboration d'un trépied pour monter le tonoo

OK ça ressemble plutôt à un panneau indicateur!

N'empêche, c'est efficace

Puis, pose du premier rayon

Boudu, pourvu que ça tombe pas!

Puis des quartiers

Puis nous avons un coup de main de Tarzan

Non, c'est Jacques!

Ah! Ça commence à ressembler à une yourte!

pendant ce temps, ZOÉ, ma petite fille a vu le jour

Puis est venu le réveillon de Noël. Dans la nuit, le vent a décidé de souffler très fort durant presque deux heures, envolant avec lui la bâche qui protégeait la hourte.

Ainsi, à deux heures du matin, Joël faisait le ouistiti sur le toit pour remettre la bâche que Jérémie et moi lui tendions tant bien que mal, entre quelques verres de petits vins achetés à "du bio sur ta route".

À suivre...

dimanche 13 décembre 2009

Hourte (suite 4)

Aujourd'hui la porte!

Tout d'abord une petite prière derechef (ce doit être la forme qui veut ça!), un peu de ponçage pour poser le cadre de la porte.

Puis la pose d'un ventail.

Pendant ce temps, Jersande prépare le pain pour le cuire dans le four à bois.

Déjà appétissant avant même la cuisson.

Et voici le deuxième ventail.

Tadaaaa!

OUPS!!! Je crois bien que j'ai enfermé Daniel dedans!

Lors d'une prochaine étape, nous aurons à placer le tonoo. Il faut l'imaginer dans l'autre sens, un peu plus épais, très lourd (au moins cent kilos!), au centre de la hourte à la hauteur du toit. Je me demande comment nous arriverons à le porter. Qui est volontaire pour un tour de reins, euh, je veux dire un coup de main?

À suivre...

Hourte (suite 3)

Boudu, je me suis laissée débordée par le temps. Voici la suite de la hourte (hybride entre une yourte pour la rotondité et une hutte pour le matériau bois).

Enfin le plancher est fini en dépit de la pluie qui a voulu le baptiser alors qu'il n'était pas terminé!.

Maintenant les murs.

Aujourd'hui nous avons en renfort deux copains.

Jean qui ponce. (Il aurait pu s'appeler Pilate, on lui aurait dit: tu ponces Pilate? ;0)) Mais non, il se prénomme bien Jean.

Tout va aller vite. Voici la première lice basse posée.

Et une autre

Une petite prière de contemplation

Et voici Jacques, juste derrière la première pourtre en "I". Il est venu incognito.

Et vient le premier mur

Et tout s'enchaîne... 3 murs

puis 4

Puis 6

On commence à voir le rond.

Et puis j'arrête de compter.

"Gros comme ça qu'il était le dernier poisson que j'ai pêché!"

"Ah ben dis-donc!"

Meuh non, Daniel y pêche pas...

Une place pour une petite fenêtre avec Jacques enfin sorti de son incognito

Et le dernier mur

Et maintenant il faut bâcher pour éviter l'humidité. Daniel a acheté une grosse et grande bâche de 45KG! Que c'est dur à mettre. Une fois qu'elle y sera, on ne l'enlèvera plus! Bon, ça y est. Elle est installée. Juste au début de la nuit. La photo, elle date du lendemain.

Elle fait complètement yourte, habillée en bâche. Ça prend tournure.

À suivre...

jeudi 3 décembre 2009

Hourte (suite 2)

Voilà, nous avons mis un papier enduit de paraphine pour bloquer les éventuelles remontées d'humidité par dessus les cailloux et je suis partie faire quelques courses. En revenant, une araignée avait tissé sa toile, ou le Pa Qua ou Ba Gua en Feng Shui, ou la roue du Dharma chez les Bouddhistes.

J'adore

Et maintenant il faut remplir les portions avec des cailloux et du concassé. Ça c'est pas bon pour le dos! Mais pas bon du tout!

Et je tasse, tasse, tasse en sautant des deux pieds...

Et un beau gosse remplit avec du granulat de liège pour l'isolation.

Y s'applique le garçon! Y tire pas la langue mais c'est tout comme.

Pendant ce temps, passage d'une gaine pour une éventuelle arrivée d'électricité, histoire d'être au courant... Wouah, ce que je peux être drôle!

Et une petite pose pour répondre à Dulcinée... qui en réalité ne s'appelle pas vraiment Dulcinée, ni Pétronille et encore moins Gertrude, mais est-ce vraiment important pour la construction de la hourte?

Et voilà, la toile est prête à recevoir le plancher.

Et le plancher commence... Avec une petite prière pour débuter... Mais c'est pas la bonne direction mec!

suivie d'une petite courbette... pour épargner les genoux déjà douloureux

Une pose quelque peu travaillée, qui va nécessiter de bien profondes réflexions pour la suite en symétrie...

À suivre...

Hourte (suite 1)

Tout commence par une journée renversante du mois de janvier. Une tempête à mettre les arbres à terre. Une tempête qui a rompu notre magnifique eucalyptus. Bientôt, il n'est plus resté que la souche qu'il a fallu extraire.

Une nouvelle vie pour le coin dévasté.

Tout d'abord, aplanir en comblant le trou avec de vieilles tuiles et en passant l'aplatisseur.

Mon pote Daniel, il est tout fier de son engin! (une petite interview rapide révèle toutefois une inquiétude car l'engin est costaud, Daniel fera-t-il le poids? Le suspens est à son comble, les paris sont engagés...)

OUI! Pari réussi. Daniel est à l'aise derrière son engin. Pour l'occasion il a adopté une tenue simple que le bob complète à la perfection pour garder les idées bien au chaud. La panoplie du parfait tasseur!

Puis vient la pose des cailloux , du concassé, sur un géotextil qui empêchera les racines de repousser. Pour cette phase il faut avoir l'air décidé, prendre son courage à deux mains et tenter la traversée.

Enfin, il faut égaliser la "chape", c'est mieux, car s'il faut s'encorder pour entrer dans la hourte, c'est moins pratique même si cela peut créer des sensations inoubliables, une expérience sans précédent.

À suivre...

jeudi 19 novembre 2009

Hourte

Qu'est-ce qu'une hourte?

C'est un hybride entre une yourte pour la rotondité et une hutte pour le matériau bois. Connaissant un ami qui en construit en matériaux sains et avec une philosophie respectueuse de l'environnement, j'ai décidé d'en monter une. Et comme j'ai envie de partager cette naissance sur mon grimoire, il y aura des photos, des anecdotes, la construction quoi!

À suivre donc....

lundi 5 octobre 2009

Ce matin là (extrait)

Jasper et Miro

Devant le soupirail entrouvert de la boulangerie d’en bas de chez Ange, Jasper se contorsionnait pour que toutes les parties de son corps puissent bénéficier de la chaleur du four à pain. Il partageait sa lucarne avec Miro, clochard à longue barbe et le chien Prosper, un bâtard au poil ras et durs, au caractère drôle et sympathique.

Leur présence déplaisait au patron car des bons à rien devant sa boutique ne faisaient pas une bonne enseigne. Régulièrement il les chassait avec pertes et fracas, Miro devant porter Jasper qui ne marchait plus depuis longtemps. Mais sitôt le boulanger parti dans son office, ils revenaient se nourrir des odeurs de petits pains tout chaud, de chocolatines moelleuses ou encore de gâteaux aux amandes grillées.

Mossa, le jeune apprenti Kabyle venu s’initier à la pâtisserie, connaissait bien Jasper et Miro et les aimait beaucoup. Il cherchait comment leur venir en aide.

Chaque soir, il restait quelques viennoiseries appétissantes et des pains invendus. Le boulanger les congelait et les remettait en vente le lendemain après un rapide passage au four censé leur redonner une allure de frais. Moussa trouvait que cela trompait la clientèle et qu'il aurait mieux valu les offrir à Jasper et Miro. Il expliqua donc à son patron que les croissants de la veille moins onctueux risquaient de nuire à sa réputation. Il lui suggéra de distribuer le surplus aux pensionnaires du soupirail en lui démontrant qu'il suffisait d'augmenter d'un petit centime le pain et les gâteaux pour équilibrer les recettes. Il le convainquit de ce que cela lui amènerait plus de clients touchés par sa générosité. Donc, au final, entre le centime ajouté et les chalands en plus, il serait gagnant. Lorsqu’il s’agissait d’argent, le patron prenait toujours le temps d’étudier la question. Après mûres réflexions, il décida de relever le défi en y ajoutant toutefois une condition pour Jasper et Miro: celle de balayer régulièrement le trottoir et de nettoyer le four à bois car l’assistanat n’était pas sa vocation et il entendait bien que cela ne le devienne pas.

Dès lors, il augmenta de façon considérable son chiffre d’affaire. Les clients qui se fournissaient là adoraient l'idée qu'ils participaient chaque jour par le truchement du boulanger, à la survivance de Jasper, Miro et Prosper. Cela les mettait de bonne humeur pour toute la journée. D’autres achetaient trois croissants supplémentaires ou une baguette qu’ils remettaient aussitôt entre les mains de Jasper ou de Miro de façon ostentatoire en précisant bien de ne pas oublier le chien. Il était devenu de bon ton, presque snob, de se rendre chez ce boulanger qui savait rompre et partager le pain. Bientôt il y eu la queue devant le magasin dans ce quartier-ci de la ville. Par concupiscence d’abord puis peut-être par conviction, cela incita d’autres boulangeries à faire de même. Tout le monde y trouvant son compte.

Les restaurants qui ne voulaient pas être en reste appliquèrent également cette politique.

De ce côté-ci de la ville, les clochards trouvaient de quoi manger et les trottoirs restaient propres et balayés.

Leur corvée accomplie, Jasper et Miro refaisaient le monde, ce monde ni bon ni mauvais qui ne savait vers quelle tendance basculer. Ils se demandaient aussi comment ils en étaient arrivé là et constataient qu’ils ne savaient pas rire, aimer ou tout simplement vivre. Devenir clochard ne leur paraissait pas une fatalité mais plus sûrement une erreur d’aiguillage. Comment fallait-il faire pour prendre le bon chemin?

à suivre...

mardi 1 septembre 2009

Fidéline butine sur le net (extrait)

JOURNAL INTIME DE FIDÉLINE :

1914-1918.

Fidéline, que fais-tu ? crie Maman

Je réfléchis.

Albert s’en va-t- en guerre, mironton mironton mirontaine

Albert s’en va-t- en guerre, ne sais quand reviendra

Ne sais quand reviendra.

Il reviendra z’à Pâques, mironton mironton mirontaine

Il reviendra z’à Pâques ou à la Trinité

Ou à la Trinité.

La Trinité se passe, mironton mironton mirontaine

La Trinité se passe, Albert ne revient pas

Albert ne revient pas.

Monsieur …Albert est mort, mi ron ton mi ron ton mi ron tai ne

Monsieur …Albert est… mort…

...

Albert. Un « poilu » parti « la fleur au fusil » comme on dit. Nous avons correspondu pendant toute la Grande Guerre, interminable et terriblement mangeuse d’âmes. D’abord sans nous connaître.

Il me raconte comment on les saoule à l’eau de vie de poire pour qu’ils montent à l’assaut dans la boue, le froid et les cadavres encore chauds.

Il me relate les bruits qui courent sur le front: les taxis de la Marne, la Grosse Bertha à ne pas confondre avec le canon qui cracha ses obus sur Paris le 23 mars 1918; les nostalgiques de la bande à Bonnot; les gaz de plus en plus sophistiqués contre lesquels les masques ne suffisent plus; l’arrivée de l'aviation, cette arme nouvelle, actrice on ne peut plus active d’hécatombes humaines, qui largue du plus haut des cieux les gaz assassins; l’espionne Mata Hari. Tout ce qui fait la guerre.

Adolescente pendant la Grande Guerre, ça vous brise.

Au fur et à mesure de nos lettres, nous sommes devenus plus proches. Lui, dans la Somme; moi, dans le sud.

Une fois, une permission lui a été accordée. Nous nous sommes vus.

Depuis, on était amoureux.

Ne pouvant déserter, une nuit, il s’est pendu par respect de la Vie.

...

À Albert :

Mon Amour

Dans mon cœur

Je vois une lueur

Pour toujours

Mon amour.

Reviens moi

J’ai besoin de toi

Ô mon amour

J’ai besoin de toi tous les jours.

Tu m’as manqué

Toutes ces années, toutes ces années.

Pense à autre chose

Qu’à la métamorphose

Tu me manques encore et bien au-delà

Ne me quitte pas

Ô mon amour

Pour toujours.

...

C’est laid la guerre. Ce sont les lâches qui déclenchent les guerres; ils n’ont aucune intelligence. Surtout pas celle du cœur. Je ne voudrais pas être à leur place, tous ces morts sur la conscience…

Peut-être qu’ils n’ont pas de conscience…

Peut-être qu’ils s’imaginent puissants parce qu’ils ont manipulé l’Histoire. Des intellectuels attardés, comme les avait baptisés Rabelais.

Peut-être que je les plains de devoir baigner dans le sang des autres pour vivre.

...

Depuis plusieurs jours, j’observe une araignée qui a tissé sa toile juste au-dessus de ma tête de lit. Au plafond.

Lorsque je l’ai découverte, j’ai voulu l’écraser; elle me faisait peur, elle, si différente de moi. C’était facile; c’est si petit, si frêle, une araignée.

Mais je ne l’ai pas fait. J’avais peur d’elle, je ne la connaissais pas.

Je l’appelle Bégonia.

Depuis, chaque matin, elle descend le long d’un fil fragile et je lui parle. Je crois qu’elle aime cela. Peut-être qu’elle comprend. En tout cas, dès que je quitte la chambre, elle retourne à sa toile.

Chacune à sa place dans le respect de l’autre.

...

Pourquoi avons-nous peur de ceux qui ne nous ressemblent pas? Peut-être parce que nous ne nous connaissons pas bien nous-mêmes et que nous avons peur de nos réactions devant l’inconnu, devant la mort tout simplement!

Est-ce que le remède à cette peur serait de trouver sa propre recette du BONHEUR?

Je jure solennellement qu’à partir d’aujourd’hui, la recherche de ma vie sera: la QUÊTE DU BONHEUR.

vendredi 31 juillet 2009

Ce matin là (extrait)

Gaspard D’Antin De Valbrume

Le manoir de Gaspard était couvert d’une voûte gigantesque faite de morceaux de verre incolore; certains lisses, d’autres avec de petites bulles irisées, assemblés comme les tours, avec des cadres de bois. L’air y pénétrait par des aérateurs filtrants disposés sur le pourtour de la base de la coupole, alimentés par une éolienne verticale érigée à l’extérieur sur un poteau. Lorsque l’on regardait cet ensemble de loin, il ressemblait à une de ces boules à neige que l'on secoue et qui émerveillent tant tous ceux qui osent l’avouer et même ceux qui s'en défendent.

S’il avait construit pareille loufoquerie, c’était par souci de protéger sa demeure de la pollution, des tempêtes et autres dérapages incontrôlés du temps liés à la folie de l'Homme, en attendant que le monde retrouve sa douceur de vivre.

Gaspard entretenait ce petit Paradis chaque jour, du lever au coucher du soleil et parfois même la nuit depuis qu’il recueillait des animaux blessés, abandonnés ou maltraités.

De là s’édifièrent de nouvelles bulles sur les toits plats des immeubles voisins pour loger tous ses nouveaux pensionnaires.

Il s’était mis également à cultiver les légumes oubliés.

Il commençait par pailler abondamment le sol d'écorces broyées pour y maintenir l'humidité. Il ne bêchait jamais pour que l'ordre de la vie sous terre resta équilibré, fertile et fécond. Le désherbage s'avérait inutile grâce à la couche d'écorces qui venait épaissir l’humus. Mais si parfois quelques herbes voulaient tout de même percer, il introduisait sous l'humus des carrés de carton qui réglaient le problème.

Alors il dressait les tuteurs torsadés où les tomates cerises et les grosses rondes s’accrochaient, les haricots verts et les poivrons aussi. Il ajoutait ensuite quelques œillets d’inde et élevait de jolies coccinelles bien rouges pour éloigner les pucerons.

Une citerne à l’extérieur de la coupole recueillait les eaux de pluie qui, par tout un système ingénieux, s’égouttaient régulièrement en averse sur le potager, le verger, le parc, en inondant au passage l’étang bleu où s’abreuvaient des oiseaux multicolores, tropicaux ou pas, échappés de quelques cages, venus cogner sur les carreaux de la verrière pour s'y réfugier.

Et Dame Nature faisait le reste.

Sous le dôme s’égrenaient les quatre saisons rituelles : l’hiver bien froid s’enneigeait à chaque ondée fournissant aux plantes endormies et au gazon, l’azote nécessaire pour se nourrir et repartir dès que fleurissait le printemps. La sève se déliait alors dans les branches, les abeilles se réveillaient et dans une effervescence de bzz bzz, saupoudraient le pollen d’une fleur à l’autre, pour que se perpétue le cycle de la reproduction. Les fruits et les légumes mûrissaient finalement, se cueillaient, se récoltaient à la fraîche et les heures les plus chaudes de l’été invitaient à la sieste. Puis l’automne apportait son lot de couleurs fauves, ses premières gelées jusqu’aux grands frimas. Il en était ainsi sous chaque coupole, reliées entre elles par des couloirs de verre et de bois.

Gaspard vivait seul: personne ne comprenait ni ne partageait sa philosophie que d’aucun jugeait simpliste, improductive et totalement hallucinée. Comment pouvait-il se contenter de si peu alors qu’il y avait tant à posséder?

mercredi 29 juillet 2009

La Maudite de Souberbal (extrait)

Ce fut André, le fils du maréchal-ferrant, qui réaccrocha un sourire aux lèvres de Margot.

Elle pensait toujours à Elie, mais la vie continuait.

André l'amusa tant et si bien que lorsqu'il lui demanda sa main, elle accepta avec joie.

Les villageois se préparèrent pour la noce.

Tout Souberbal était en liesse.

Margot agenouillée devant l'autel, attendait l'entrée de son futur époux. ...

Ce fut en vain.

Une violente douleur au coeur avait terrassé André sur le chemin de l'église.


*****

Certains commencèrent à jaser, à Souberbal. Le malheur de Margot paraissait étrange. Ils n'allèrent tout de même pas jusqu'à supposer une intervention diabolique.

Mais les hommes de Souberbal évitèrent de courtiser Margot.

...

Elle dût attendre un commerçant de passage pour retrouver l'ivresse de l'amour.

...

Il l'épousa après un mois de cour assidue.


*****

Pendant leur voyage de noce, le jeune marié attrapa une mauvaise toux qui l'emporta en trois jours.

Plus aucun doute pour les villageois de Souberbal:

Margot était maudite.

A SUIVRE...

samedi 27 juin 2009

Boires et déboires à la cité rose

OUALOU ET ASNA

Devant l’entrée de l’auberge sculptée dans le grès, de couleur rose orangé à cet instant de la journée, un homme, les cheveux aux épaules, mince presque maigre, qui dégage de la quiétude, de la sérénité et qui me semble être venu d’ailleurs, à en croire sa longue tunique blanche qui ne ressemble pas à une toge, rompt un morceau de pain et partage avec un enfant.

- « AVÉ, l’étranger, puis-je t’offrir à boire ? » dis-je

- « Ma foi oui ! » répond-il

- « Tu n’as pas plus l’air d’ici que moi, n’est-ce pas ? » je m’enquiers

- « Effectivement, je suis à Pétra pour affaires avec Arétas, « celui qui aime son peuple », le Roi. » me livre-t-il

- « Quel genre d’affaires peut-on traiter avec un Roi ? »

- « Des histoires de femmes bien sûr ! »

- « Ami, tu me plais ; quel est ton nom ? »

- « Oualou, pour te servir. »

- « Oualou, cela veut dire « rien » dans ta langue, n’est-ce-pas ? »

- « parfaitement » acquiesce-t-il en riant

- « Alors « Rien », trinquons aux femmes qui font tourner le monde et souvent aussi, notre tête, comme le petit vin blanc de cet aubergiste. »

Sympathique ce Oualou. Un peu trop sobre à mon goût mais qu’importe, cela me donne l’occasion de remplir mon calice plus souvent et d’humecter ma gorge desséchée par le vent de sable et la chaleur du voyage.

De calice en calice je finis par lui exposer la raison de ma venue à Pétra.

Après quelques caresses sur le dos de Raminougrobis qui en bave de plaisir, alors que la roche a maintenant viré au rouge foncé, Oualou me propose de m’introduire auprès de la fille du roi, qui pourrait bien être celle que je cherche.

A SUIVRE...

mercredi 3 juin 2009

Montcornus (extrait)

Guillaume, du bout des lèvres, siffla doucement sous la fenêtre de Madeleine. Elle était encore à table, son père n'avait pas fini son repas.

D'une main aux ongles éculés, il récura son assiette d'une grosse mie de pain. La dernière bouchée avalée, une gorgée de vin chaud en suivant, il essuya méticuleusement la lame de son couteau et la replia dans le manche sculpté. Signal que Madeleine avait enfin le droit de quitter la table.

Où vas-tu?” interrogea-t-il d'une voix autoritaire.

Me coucher, père. De pelleverser le jardin m'a épuisée.”

Silencieusement, après avoir embrassé le front de cet homme bourru, elle gravit l'escalier de bois sombre qui craquait sous chacun de ses pas.

La porte de la chambre refermée,

elle se précipita sur le balcon où l'attendait Guillaume.

Ensemble, ils prirent le sentier du Picou, ce petit mamelon boisé en son sommet, en plein coeur des Pyrénées, qui hébergeait leurs amours caressantes.

Là, Guillaume défit l'un après l'autre les petits boutons blancs de la chemise de Madeleine.

Les yeux fermés, elle laissait faire.

Elle attendait tout,

la vie,

la passion,

la mort.

Tout se mélangeait dans cet instant exalté,

son corps seul parlait...

vendredi 29 mai 2009

Juliette et Rosalie

ROSALIE

Moi, je goûterais bien ; je sens un gros vide dans mon estomac. Rêver, fabuler, imaginer, c'est plaisant, j'en conviens. Mais ce n'est pas réel. Bon, on oublie. Ma faim, elle, est vraie et tout de suite.

Toute mes papilles frémissent sous la douceur de ce bol de lait ; et le beurre de cette tartine me transcende. Un plaisir simple, quotidien, que peut-être l'on ne peut apprécier qu'avec son instinct animal, que si l'on est… un chat ! Les Humains se compliquent bien leurs journées. On dirait qu'ils partent chercher le bonheur là où il ne sera jamais, demain. Mais demain est un autre jour et si aujourd'hui ils n'ont rien aimé de leur vie, pas même la joie de se lever, je crains qu'il en soit ainsi pour eux jusqu'à la fin des temps. A croire qu'ils aiment souffrir et pleurer.

Voilà que je philosophie!

Allons, allons, à chacun sa place: moi je ronronne dans le creux de l'oreille au beau milieu de la nuit, je saute sur les genoux au moment le moins opportun pour que l'on me caresse, je m'affale sur les papiers importants car je déteste que l'on m'ignore, je me roule dans les couvertures toutes bien mises des lits fait au carré et je plante mes griffes dans les tissus fragiles parce que je trouve amusant de tirer les fils. Après, ils bougent avec l'air et cela m'excite encore plus. Mais là, je me fais gronder par Juliette. Penaude, je me cache sous un meuble jusqu'à ce que Juliette quitte la pièce et alors... je recommence!

À SUIVRE...